« L’inclusion exige une refonte radicale de notre façon de considérer l’éducation » Interview d’Anne-Marie Callus

Anne-Marie Callus est maître de conférences au département d’études sur le handicap de l'université de Malte. Elle travaille avec des personnes en situation de handicap depuis plus de 25 ans, notamment dans le domaine de la recherche inclusive et en tant que membre d'un groupe d'auto-représentants. Aujourd'hui, elle partage avec nous l'importance pour tous les enfants de recevoir une éducation de qualité.

``L'inclusion exige une refonte radicale de notre façon de considérer l'éducation`` Interview d'Anne-Marie Callus

Anne-Marie Callus est maître de conférences au département d’études sur le handicap de l’université de Malte. Elle travaille avec des personnes en situation de handicap depuis plus de 25 ans, notamment dans le domaine de la recherche inclusive et en tant que membre d’un groupe d’auto-représentants. Aujourd’hui, elle partage avec Inclusion Europe l’importance pour tous les enfants de recevoir une éducation de qualité.

Quel est votre point de vue sur l’éducation inclusive ?

L’inclusion exige une refonte radicale de la façon dont nous envisageons l’éducation. L’éducation inclusive consiste à changer la question que nous nous posons sur l’éducation des étudiants en situation de handicap. Plutôt que de se demander si un étudiant est capable de s’intégrer dans un cadre d’enseignement ordinaire, l’inclusion consiste à se demander ce que nous devons faire pour adapter ce cadre afin de permettre aux éducateurs de répondre aux besoins éducatifs individuels des étudiants en situation de handicap. Plutôt que de se demander si l’inclusion est possible ou non, ne devrions-nous pas nous concentrer sur la manière de la rendre possible ?

« L’inclusion exige une refonte radicale de notre façon de considérer l’éducation »

Quels sont les effets à long terme de l’inclusion à l’école ?

L’école est souvent considérée comme un microcosme de la société. Si les enfants en situation de handicap sont envoyés dans des écoles spécialisées, ils seront inévitablement exclus de la société à l’âge adulte. D’autre part, un système d’enseignement général inclusif reflète une aspiration à créer une société plus inclusive. Malheureusement, cela ne fonctionne pas toujours comme cela. Par exemple, l’expérience de nombreux enfants en situation de handicap est qu’ils sont socialement inclus au niveau de l’enseignement primaire mais pas tellement dans les écoles secondaires. Ensuite, lorsque les années de scolarité obligatoire sont terminées, seuls quelques-uns semblent réussir à garder le contact avec leurs camarades non handicapés. Cependant, il ne fait aucun doute que le fait d’avoir des élèves avec et sans handicap dans la même classe est une étape très importante vers l’inclusion dans la société.

Comment améliorer l’intégration des étudiants en situation de handicap intellectuel à l’université ?

Les universités doivent collaborer avec les organisations qui représentent et travaillent avec les personnes en situation de handicap intellectuel, y compris les organisations d’auto-représentants. L’une des caractéristiques du mouvement de défense des droits des personnes en situation de handicap est qu’il a été dirigé par des personnes handicapées et les organisations qui les représentent. Lorsque les personnes en situation de handicap sont écoutées et que les politiques et la pratique tiennent compte de leurs perspectives et de leurs priorités, des progrès sont notables dans la réalisation de leurs droits et de la promotion de l’inclusion sociale. Il serait donc formidable de voir des collaborations entre les universités, les groupes d’auto-représentants et d’autres organisations qui travaillent avec les personnes en situation de handicap intellectuel. Ensemble, ils peuvent explorer les besoins d’apprentissage des futurs étudiants universitaires en situation de handicap intellectuel, leurs aspirations et ce que l’université peut offrir pour répondre à ces besoins et aspirations au niveau académique, et comment concevoir et dispenser des cours qui répondent aux besoins de soutien des étudiants.

Quelle est la place accordée à la voix des étudiants en situation de handicap intellectuel dans l’inclusion ? 

Tous les étudiants en situation de handicap devraient avoir leur mot à dire dans la planification de leur éducation. Les étudiants en situation de handicap intellectuel sont particulièrement exposés au risque d’être exclus de ces processus, car on suppose qu’ils ne peuvent pas se représenter eux-mêmes. Personne ne peut apprendre à faire des choix, à exprimer ses préférences et à formuler ses souhaits et ses aspirations si on ne lui donne pas la possibilité de pratiquer et de développer ces compétences. Lorsque les étudiants en situation de handicap n’ont pas ces possibilités, ils ne peuvent pas facilement développer la capacité de se représenter eux-mêmes.

« Tous les étudiants en situation de handicap devraient avoir leur mot à dire dans la planification de leur éducation »

Quels enseignements peut-on tirer de la COVID-19 dans le domaine de l’éducation ? 

La COVID-19 met en évidence les inégalités sociales. De même, dans le domaine de l’éducation, la fermeture des écoles et l’utilisation de plates-formes en ligne ont mis en évidence à quel point les enfants sont dépendants d’un soutien adéquat pour pouvoir s’épanouir sur le plan éducatif. À cela s’ajoute l’exacerbation des inégalités en matière d’éducation, les élèves qui ne bénéficient pas d’un soutien adéquat à la maison, et ceux qui n’ont pas de connexion internet, risquent de perdre leur éducation dans une mesure bien plus importante que ceux qui ont trouvé le soutien dont ils avaient besoin.

Pensez-vous que l’enseignement à distance peut être préjudiciable à l’expérience globale des étudiants en situation de handicap intellectuel en matière d’éducation ?

Les écoles, collèges et universités étant fermés, l’utilisation de plates-formes en ligne et d’autres moyens d’apprentissage à distance sont des ressources très précieuses. Cependant, je ne pense pas qu’ils puissent remplacer totalement l’expérience des étudiants qui se retrouvent dans la même classe que leurs professeurs. Cela vaut pour tous les étudiants, à tous les niveaux. Cela s’applique encore plus aux étudiants en situation de handicap intellectuel qui ont besoin d’un soutien et d’une orientation individuels pour pouvoir maximiser leur potentiel d’apprentissage. Il est difficile de fournir ce soutien par l’intermédiaire d’un écran d’ordinateur, surtout lorsqu’il n’y a personne assis à côté de l’étudiant pour le guider. S’assurer qu’il y a quelqu’un pour guider l’étudiant à la maison met une pression supplémentaire sur la famille. Ces élèves auront probablement besoin d’un soutien plus intensif une fois de retour dans leur classe pour pouvoir rattraper leur retard d’apprentissage.

 

Pour en savoir plus: Inclusion Europe publie une note d’information sur le manque d’éducation, aggravé par l’épidémie de coronavirus, des enfants en situation de handicap intellectuel. Lien (anglais)

Participez à notre campagne « ThatsWhatILearned » (« Voilà ce que j’ai appris ») sur l’éducation inclusive.

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